Bienvenue sur le site de Caus’ette

Ce site vous propose de découvrir l’association culturelle Caus’ette, ses conteurs et les programmes de ses deux festivals:

 » les Mardis au Verger » qui se déroule en juillet-août

et  » Les Cent Voix  » qui a lieu à l’automne.

Les activités de Caus’ette se situent à Châtellerault (86100).

Les renseignements sur les contacts, la localisation, les tarifs et les horaires sont regroupés dans la rubrique « Infos pratiques ».

La rubrique « Éditions précédentes » vous redonne les programmations des années passées pour les deux festivals.

Bonne visite et à bientôt à Châtellerault

Année 2020

Décision du C.A. de Caus’ette du 20/04/2020:

Chers adhérents et chers amis.

        Je suis au regret de porter à votre connaissance la décision suivante : en raison du contexte actuel lié à la pandémie Coronavirus, le Conseil d’Administration Caus’ette a voté à l’unanimité l’annulation du festival Les Mardis au Verger 2020.

       Je vous espère tous en parfaite santé et pas trop ennuyés par ce confinement et ses suites. Je vous souhaite de pouvoir retrouver très vite le contact (même de loin) avec vos proches.

        L’équipe Caus’ette, les conteurs et moi-même sont impatients de vous retrouver au plus vite, dans les meilleures conditions possibles.

Prenez soin de vous !

Marie-Thérèse Laurendeau, présidente

 

Même confinés, les conteurs sont toujours actifs et voici ce que notre ami Pierre Dumousseau a écrit pour vous permettre de finir ce confinement sur une note pas trop morose …

CONTE

« La fabuleuse et rocambolesque histoire de Covid, le virus complexé, et ses tribulations dans le monde des humains. »

Il était une fois, dans le monde multiple et coloré des virus, un jeune virus nommé Corona.

Corona n’aimait pas son nom, pas plus qu’il n’aimait sa personne, sa famille et le monde entier.

« C’est affreux comme nom, disait-il, on dirait un nom de bière ; ça sent le cercueil ! »

Comme il était vraiment minuscule, lorsqu’il se retrouvait face à un microbe, on aurait dit David face au géant Goliath… c’est pour cette raison qu’on l’avait surnommé « Covid ». Il était issu d’une famille nombreuse ; c’était le dernier arrivé de la fratrie, le dix-neuvième exactement ; alors on l’appelait « Covid dix-neuf ».

Quand il fut en âge de fréquenter l’école des virus -là où l’on apprenait à bien tourmenter et terrifier le monde- il était si chétif, si malingre, qu’il devint vite le « mouton noir » de sa classe. Il était l’objet de toutes les brimades, de toutes les moqueries ; les bactéries lui tournaient le dos ; même le maître Virus l’avait pris en grippe !

« Covid, tu m’infecteras trois cents cellules en ligne pour demain matin !

– Mais m’sieur, c’est Achain Hennin qui m’a lancé de l’hydroxychloroquinine à la figure… »

Achain Hennin était un redoublant qui se reposait sur ses lauriers, près du radiateur, après avoir fait le buzz sur terre quelques années auparavant.

« Je ne veux pas savoir ! Quand vous aurez fait vos preuves comme Monsieur Achain Hennin, vous pourrez contester. »

Et Covid dix-neuf maugréait en effectuant sa punition quasi-quotidienne… « un jour je me vengerai… je leur ferai voir qui c’est le plus méchant… je mettrai le monde à genoux… »

Covid dix-neuf bouillonnait intérieurement; il en devenait rouge de colère, de curieuses protubérances lui hérissaient la peau… ça le démangeait. Il aurait bien voulu pouvoir se gratter…mais comment se gratter quand on est dépourvu de bras, comme de jambes d’ailleurs ?

« Faut t’y faire lui disait sa mère, on est sphériques, c’est comme ça ; tu es une sphère et tu resteras sphère.»

– Une sphère… une sphère… est-ce que j’ai une gueule de sphère ? » répliquait-il, et sa rage redoublait (comme l’élève Achain Hennin). Sa peau se tendait, il gonflait, telle une grenouille voulant ressembler à un bœuf… tant qu’il finissait par éclater, dispersant autour de lui des centaines, des milliers de petits Covid en devenir. Puis il reprenait ses formes et ses esprits, l’âme et les sens un peu calmés.

Un jour Covid dix-neuf décida qu’il en avait suffisamment appris à l’école des virus et qu’il était temps de découvrir le monde, de se montrer à tous et de répandre le mal autour de lui. Il consulta un dicovirus pour savoir sur quel continent il pourrait se multiplier au mieux et au plus vite. Il choisit la terre de Chine où nombre de ses coreligionnaires avaient mené de glorieux combats par le passé. Il décida d’abord d’arriver à pied par la Chine, mais là encore, faute de pieds, il fut bien obligé d’emprunter les transports en commun. On lui conseilla le vol en chauve-souris, toujours très fiable pour le transport de virus. Lors d’une escale en terre chinoise, il décida de changer de moyen de locomotion, comme ça… pour voir… et il emprunta le pangolin; un petit mammifère au museau pointu et au corps d’artichaut. Il s’y plut énormément, il crût et s’y multiplia, selon les préceptes en vigueur dans les tribus de virus.

Cependant sa haine tenace ne s’en trouvait point apaisée, car, ni la chauve-souris, ni le pangolin ne paraissaient affectés par l’occupation générée par Covid dix-neuf.

Il lui fallait donc viser plus haut, frapper les grands responsables, ceux qui étaient la cause du « Grand Dérangement » des tribus virus, peinardes depuis des millénaires aux creux des glaciers et du permafrost, les maîtres du monde corrompus par l’appât de gains faramineux…

Il fallait empêcher les décideurs de décider en rond, les financeurs de financer à tout va, les seigneurs de saigner à toute guerre, les chro-niqueurs de niquer les gogos et les maître-chanteurs de chanter victoire à tout bout de champ. Vous avez deviné : l’Homme, avec un grand H, était dans la ligne de mire de Covid dix-neuf !

Le défi était de taille, mais ce n’était pas une première ; une cousine nommée Ebola, un autre cousin nommé Sras, et bien d’autres, l’avaient relevé et s’en étaient tirés avec brio, se couvrant de gloire et faisant la          « une » des journaux. Une arrière-arrière grand-mère, surnommée « grippe espagnole », car elle jouait des castagnettes et dansait un pas de flamenco avant de partir à l’attaque (c’est du moins ce qu’on racontait le soir, aux veillées mortuaires festives chez les virus) avait si bien répandu la terreur chez les humains -qui ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés- que son souvenir restait vivace plus d’un siècle plus tard.

Le hasard servit bien Covid dix-neuf : un jeune et tendre pangolin qu’il squattait avec ardeur depuis plusieurs semaines se trouva pris au piège d’un braconnier chinois. Ce dernier s’empressa d’occire la bête et d’aller la proposer à la vente au marché voisin, là où les chalands qui passaient se montraient généralement friands de cette chair à saveur de fourmis écrasées.

L’étal du braconnier était rempli de dépouilles de pangolin à corps d’artichaut, offertes à la convoitise de ménagères chinoises lubriques qui préparaient les écailles de pangolin à la vinaigrette, afin d’exciter les ardeurs mollissantes de leurs époux en berne.

En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, Covid dix-neuf s’était multiplié et répandu sur l’amas des pangolins à corps d’artichauts… et, ce qui devait arriver arriva : Covid dix-neuf et ses multiples se trouvèrent inéluctablement trônant au centre d’une table familiale, sur un plat de pangolin-avec-le-riz-qui- l’accompagne (avec quelques pousses de bambou)… de là, ils fleurirent et s’épanouirent dans la bouche et dans le corps des membres de toute une famille de citoyens de la Grande République de Chine… qui ne manquèrent pas, en bons représentants du Parti Communiste au pouvoir, de les partager avec leurs voisins, amis et connaissances… et ainsi de suite, jusqu’aux confins de la Mongolie.

Mais le chinois est rusé ; il en a vu d’autres, lui, des virus. Il est armé pour se défendre. D’abord il sort toujours masqué… quand il sort ! Car c’était bien là le problème pour Covid dix-neuf : tout juste se préparait-il à sauter, à cheval sur un postillon bien chargé, au visage d’un quidam que ce dernier se dérobait derrière son masque et courait s’enfermer à double tour d’ivoire dans sa demeure. Les proies se faisaient de plus en plus rares, Covid dix-neuf se voyait déjà en danger d’extinction… quand une petite voix intérieure lui glissa :

«  Vise donc plutôt les touristes ; ils sont faciles à reconnaître ; ils sont tout roses, ils ne portent pas de masques, mangent des hamburgers et se déplacent en grappes sur la Grande Muraille ».

Quelques rencontres furtives et intimes entre des autochtones accueillantes et des touristes multi-nationaux en quête d’exotisme sentimental donnèrent à Covid dix-neuf l’occasion d’obéir aux injonctions de la petite voix intérieure.

Ainsi, le chétif, le malingre, virus Corona, qui avait bien grandi, partit à la conquête du monde. Il n’eut plus besoin d’emprunter la chauve-souris ou le pangolin à corps d’artichaut; les touristes venus du monde entier le transportèrent à pleins poumons à bord des autocars climatisés et des avions gros porteurs, pour ensuite le disséminer avec application lors de réunions, colloques, séminaires, pèlerinages, festivals, rencontres footballistiques et autres manifestations festives.

Autrefois ridicule et brimé, Covid dix-neuf tenait enfin sa revanche : il régnait en maître sur le monde des Hommes, monopolisait les chaînes d’infos en continu, terrorisait la planète, régulait les EHPAD, exterminait les faibles, les mous du genou, les durs de la feuille, les « fils de fer » et les « bouboules ». Il abaissait les grands, mettait à genoux les gueux comme les princes, et les ministres, du premier au dernier. Il semait la zizanie au sein des communautés scientifiques les plus prestigieuses… Un gourou marseillais à la chevelure extravagante faillit se battre en duel avec un mandarin parisien à la calvitie dévorante !

Il confinait des populations entières, contraignant les couples à la garde d’enfants parfois hystériques ou rebelles à la Sainte Autorité Parentale ! …poussant les pères de famille à une fidélité copulatoire souvent délaissée par le passé… obligeant les individus à sortir vêtus d’accessoires ridicules et incommodes qui leur aplatissaient le nez, décollaient les oreilles et conduisaient tout droit à l’asphyxie par étouffement buccal.

Cependant, tout maître qu’il était, Covid dix-neuf n’était qu’un colosse aux pieds d’argile, car il ignorait une chose : c’est que toute gloire n’est qu’éphémère et que, comme dit la chanson :

« Même le plus noir nuage a toujours sa frange d’or » (Cf/ Chansonnier des Eclaireurs de France. Editions Scolavox 1959).

Tout virus (et même l’aïeule « Grippe espagnole ») a un jour trouvé son maître : celui-là est un ennemi implacable et fieffé, aux dires des virus. Il fut bâti de toutes pièces par un certain Pasteur…et quelques autres collègues : on l’a appelé Vaccin; un peu vache comme nom, quand même !

Vaccin, disent les virus, est un traître, un faux-jeton, qui camoufle sa fourberie sous le manteau de l’innocence et de la faiblesse pour envahir le corps humain et le préparer à la riposte.

Alors, le virus n’a souvent d’autre choix que de battre en retraite, car on le sait, c’est un lâche puisqu’il s’attaque en particulier aux plus faibles. Oh, bien sûr, Covid dix-neuf ne s’est pas laissé faire comme ça. Il s’est rebiffé, a eu des soubresauts de virulence, a essayé de se faufiler traîtreusement dans la tisane de mère-grand ou le pot de beurre du Chaperon rouge… mais les Hommes ont décidé un jour de se serrer les coudes et de desserrer leurs étreintes. Le Prince Charmant refusa de baiser les lèvres de la Belle au bois dormant, Blanche Neige refusa de cajoler les sept nains, l’ogre se lava consciencieusement les mains avant d’égorger ses filles et Cendrillon mit un masque pour se rendre au bal du Prince…

Oui, là, nous voilà embarqués dans les contes de fées. Il faut nous ressaisir bien vite. Nous n’en sommes pas encore là. Vaccin manque toujours à l’appel ; et même s’il parvient à écarter Covid dix-neuf de notre chemin, dites-vous que ce n’est pas gagné : un virus chargé de haine n’est jamais complètement éradiqué ; il se cache, il attend son heure dans les fins fonds de la Chine profonde… sous la calotte glaciaire… ou ailleurs. Alors restez toujours sur vos gardes ; ne provoquez pas la nature et préférez le poireau-vinaigrette au court-bouillon de pangolin.

FIN

Pierre Dumousseau 2020